TikTok et ses algorithmes, les commentaires plutôt que des sources vérifiées, et ChatGPT comme principal outil de vérification de l’information. Le dernier rapport présenté au Sejm dresse un constat préoccupant : les jeunes évoluent dans un univers de demi-vérités algorithmiques et doutent de plus en plus de l’existence même d’une vérité objective. Les chercheurs alertent : il s’agit d’une menace réelle pour la sécurité de l’État.
La principale source d’information : l’algorithme
« Ce sont les adolescents et les jeunes adultes qui sont les plus exposés à la désinformation », a déclaré Paweł Rabiej en présentant les conclusions du rapport Entre le fait et le fil d’actualité, élaboré par le Centre d’analyse de la société de l’information de l’Université Korczak.
L’étude qualitative menée par l’Université Korczak a porté sur 30 jeunes âgés de 14 à 19 ans, issus de six localités. Bien qu’ils déclarent s’intéresser à l’actualité, les jeunes ne recherchent pas activement l’information : ils consomment ce qui apparaît sur leur page « Pour toi », principalement des vidéos courtes sur TikTok et YouTube.
Les chercheurs soulignent que, dans un même flux, se mêlent des informations politiques sérieuses, des astuces du quotidien et des vidéos humoristiques de chats. « Cela tend à diluer l’importance des informations réellement essentielles », explique Maria Wierzbicka-Tarkowska, en précisant que la vidéo est le format privilégié par les jeunes.
La coautrice du rapport s’est appuyée sur les travaux de Gloria Mark, de l’Université de Californie, qui montrent une baisse marquée du temps d’attention à l’écran : de 2,5 minutes en 2004 à seulement 47 secondes en 2023. « Lire fatigue, et lire des formats longs demande un effort que l’on n’est pas toujours prêt à fournir », rapporte Anna Buchner, citant l’un des participants à l’étude.
Vérifier l’information : commentaires et ChatGPT
Les jeunes affirment vérifier les informations, mais de manière intuitive. De plus en plus souvent, ils se tournent vers l’intelligence artificielle plutôt que vers les moteurs de recherche. « ChatGPT est devenu populaire, donc je l’utilise. À mon avis, il est fiable », ont confié certains participants. « Les jeunes font très souvent une confiance aveugle à ce que leur dit le chatbot », avertit Anna Buchner, soulignant également une conception inquiétante de la vérité.
Les commentaires et réactions des autres utilisateurs jouent un rôle déterminant. Comme l’a expliqué l’un des participants aux entretiens approfondis : « Quand beaucoup de personnes suivent quelqu’un, on pense tout de suite que c’est crédible et digne de confiance, mais ce n’est pas toujours le cas. »
La vérité comme des « sables mouvants »
L’analyse montre que les jeunes ne considèrent pas la vérité comme un fait stable, mais comme un processus à « digérer, vérifier et filtrer soi-même ». Dans le même temps, ils ont le sentiment d’être entourés d’un flot continu de demi-vérités et de fausses informations. Résultat : un sentiment croissant d’impuissance. « Les jeunes perçoivent la vérité comme totalement instable », affirme Anna Buchner.
Les théories du complot comme divertissement
Les jeunes interrogés évoquent également les théories du complot, le plus souvent sans les percevoir comme une menace. Le coauteur du rapport, Konrad Ciesiołkiewicz, souligne que les jeunes et les jeunes adultes sont nettement plus exposés à la désinformation et adhèrent plus fréquemment aux théories complotistes que les personnes plus âgées.
Ces constats sont confirmés, entre autres, par des études de l’Université Jagellonne menées en 2023 — après la pandémie et le début de la guerre à grande échelle en Ukraine — ainsi que par de nombreuses analyses internationales. Celles-ci montrent que les mineurs constituent le groupe le plus exposé aux théories du complot et le plus vulnérable à leur influence. Dans une étude américaine citée par Konrad Ciesiołkiewicz, 80 % des utilisateurs des réseaux sociaux déclarent être confrontés à des contenus complotistes au moins une fois par semaine, et 81 % reconnaissent y avoir cru au moins une fois.
Certains les jugent « peu probables, mais possibles » ; d’autres les considèrent comme une simple curiosité : des récits attractifs et accrocheurs qui « génèrent des clics ». « Il n’est pas nécessaire que quelque chose soit vrai à 100 % pour susciter l’intérêt », souligne Katarzyna Fereniec-Błońska.
L’alerte des chercheurs : agir maintenant
Les auteurs du rapport appellent à des mesures systémiques immédiates : une éducation obligatoire aux médias et à l’information, le développement de l’esprit critique, ainsi que des régulations efficaces à l’égard des plateformes numériques.

Piotr Tracz / Chancellerie du Sejm / sejm.gov.pl
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